20 août 2009

La sécurité : - J’ai fait mon boulot…

Ces derniers temps, certains lecteurs de blogs (les courageux !) font part d'une certaine lassitude devant les nombreuses interventions dans lesquelles il est question de sécurité.

- C’est pas faux, aurait dit Karadoc…

Mais au début d’une campagne électorale, comment de pas parler de ce sujet ? Je vais tenter de le faire différemment. Voilà donc, observé par l’autre bout de la lorgnette, un petit bilan parlementaire de la sécurité à Genève. Pour mémoire, en moins d’une année, la droite a déposé sur le bureau du Grand Conseil plus d’une vingtaine de textes. Les députés ont fait leur boulot. Ou plus exactement une partie de leur boulot. Parce qu’une fois ces textes déposés, ils somnolent en commission ou attendent sur l’ordre du jour, toujours d’un bleu azuré.

Ainsi en est-il de ces textes dont les auteurs ne se soucient plus guère de l’urgence de la question.

- J’ai fait mon boulot…

Seul, peut-être, un poète pourrait décrire ce moment de grande solitude qu'éprouve le député, un samedi matin, devant les 179 points inscrits à l’ordre du jour, toujours d’un bleu azuré.

Le député, ingénuement, se demande :

- Mais où est donc passée ma motion…

Et, stupéfait, il se donne réponse :

- Bin ça alors, au point 123, ce sera pour 2010…

Malin comme pas deux, un député a fini par trouver la solution. Il demande crânement l’urgence sur un point… urgent. Après quelques mois d’urgences, il y a deux ordres du jour. L’un, toujours d’un bleu azuré et l’autre. Qui devient gris comme un jour de pluie. Qui se discute entre initiés lors de la première séance, entre 17h et 17h30. Très vite, sans reprendre son souffle. Le président, presqu’honteux, procède lui aussi rapidement au vote. Tellement vite que la moitié du Parlement ne sait pas quoi voter. Les députés, soudainement inquiets, tournent la tête à droite, toujours à droite, c'est l'expérience qui parle, pour voir ce que vote leur voisin. Ils voient. Ils votent. Ouf. Il n’y a que les socialistes qui font la grimace. A leur droite, il n’y a plus personne.

- F’est quoi c’te chenit, dit Alberto en peu agacé...

Et voilà que tout l’ordre du jour, d’un bleu azuré est chamboulé au point qu’il en devient tout gris. Et les députés aussi font évidemment grise mine.

Le président, caché derrière son noeud-pap et un brin paternaliste, ouvre la séance.

- Mes enfants, nous commençons par l’urgence M143'885'838-G, au point 379 de notre ordre du jour…

C'est la panique! Dans un gigantesque bruit de feuilles froisées, d'anneaux de classeurs que s'ouvrent, qui se ferment, qui pincent les doigts, et son voisin de 100 kg qui empêche tous mouvement sur la tablette CFF qui sert de table aux députés, de rapports gros comme Le Savoir qui vous tombent sur les pieds et les élastiques qui jaillissent dans la stratosphère du Parlement, la séance démarre.

Mais alors, et la sécurité ? Même pas. Le Parlement a ses urgences comme d’autres ont leurs pauvres à aider. Et pas ceux des autres.

- Et la sécurité ?
- J’ai déjà donné, j’ai fait mon boulot !

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00:47 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Encore deux billet sur la sécurité (privation et justice) et j'en aurais ternimé avec ce chapître...

Écrit par : charly schwarz | 20 août 2009

Le problème de tous les élus, c'est que la surcharge ne constitue jamais une excuse. Vous avez déjà eu un élu à l'UDC qui n'a pas été réélu parce qu'il se plaignait partout que sa charge était impossible. Ne marchez pas sur ses traces.

Écrit par : Pierre Bamio | 20 août 2009

"J'ai déjà donné, j'ai fait mon boulot"

Mais est-ce suffisant ?

Car plus qu'ailleurs, en politique il ne faut jamais cesser de remettre l'ouvrage sur la table.

Écrit par : Minet | 20 août 2009

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