23 mars 2010

Primes, indemnités et débours : Le jeu de la mort

Les deux excellents rapports que vient de nous rendre la Cour des comptes renvoient les députés à leurs commissions respectives : les finances et le contrôle de gestion. Diminution des effectifs promis (-5%), système d’indemnités à démanteler, objectifs fixés par le Conseil d’Etat pour la  gestion prévisionnelle partiellement acquis et ceux concernant le recrutement commun à tout l’Etat carrément pas atteints. Inefficacité et inefficicience : c’est indiqué à la page 3 – rapport N° 28).

La Cour qualifie l’organisation actuelle des ressources humaines de complexe car décentralisée. Il apparaît que l’Office du personnel de l’Etat n’a pas de lien hiérarchique et fonctionnel sur les ressources humaines départementales. Ces dernières occupent 177 emplois à temps plein pour un coût total de 45 millions. Au final, ce sont quelques 2'500 fonctions qu’il faut regrouper en 210 métiers. 2'500 fonctions pour 16'000 fonctionnaires, cela fait 6,4 employés pour une fonction.
-    T’es quoi, toi ?
-    Secrétaire… Et toi ?
-    Moi aussi, je suis secrétaire. Tu gagnes combien ?
-    Bien plus que toi…
-    Comment ça ! On fait le même boulot…
-    Pas vraiment, moi je peux taper sur le clavier toutes les lettres, même les majuscules…

Dans son second rapport concernant les primes, les indemnités et autres frais de débours, il résulte  des travaux de la Cour des comptes que ces petites gâteries extra-législatives ont concerné pas moins de 10'194 personnes et se sont élevées à 79 millions de francs. Dans la plupart des départements, ce taux s’est élevé entre 2% et 4% des traitements en moyenne. En revanche, ce taux se situe à 18% pour les policiers qui peuvent intégrer jusqu’à 10 indemnités distinctes, dont notamment une indemnité pour inconvénients de service représentant 15% du traitement à l’engagement.

Jusqu’à quelle somme ces fonctionnaires auraient trouvé normal d’être payés par de l’argent public pour le travail qu’ils faisaient ?  Une expérience comparable à celle du jeu télévisé de la mort aurait été amusante, voire instructive. Le jeu de la mort : petit à petit, un joueur augmente les décharges électriques sur un homme qu’il ne connaît pas. Par palier, il le fait souffrir jusqu’à lui infliger des décharges potentiellement fatales. A la fin de ce crétin de jeu, on explique aux joueurs qu’ils ne sont pas si méchants que ça mais seulement victimes d’un environnement hostile représenté par une autorité forte. Transposons ce jeu: petit à petit, on offre de l’argent aux fonctionnaires, jusqu’à qu’ils connaissent de sérieux problèmes moraux. Mais quel est donc leur niveau de refus ? Une fois atteint, nos fonctionnaires seraient sans doute aux prises avec leur conscience. Un psychologue leur expliquerait alors qu'il est bien normal d’arrondir ainsi ses fins de mois, l’environnement hostile, dominé par des supérieurs autoritaires les ayant empêché de retrouver leur bon sens.

Mais laissons là ce qui n’est qu’une divagation nocturne. Reste que ces faits dénotent une mentalité bien particulière au sein de certains services. La Constitution genevoise en prend un coup. L’outrecuidante! Elle ose préciser que l’administration de l’Etat de Genève et des communes doit être fonctionnelle, efficace  et structurée de manière à éviter des lenteurs, des travaux faits à double et d’une manière générale, des dépenses sans relation avec le résultat recherché. C’est peut-être la Constitution genevoise qui a besoin de psychologues. Paraît qu’il y en a quelques-uns qui pourraient faire l’affaire du coté de la Constituante.

01:27 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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