14 avril 2010

Ueli Maurer : à lire entre les lignes

Ueli Maurer est dans le collimateur de quelques politiciens-officiers qui ne se gênent pas pour critiquer publiquement le chef du département fédéral de la défense. Un traitement que n'avait pas connu Samuel Schmid... Lors de la commémoration des 50 ans de la mort du général Guisan, mardi 13 avril, Ueli Maurer lui a rendu un bel hommage. Voici un passage de son discours où l'on pourrait y percevoir quelque allusion à ses détracteurs.


(..) Mais qui était Henri Guisan qui nous a réunis aujourd'hui dans cette cathédrale?

Dit en une seule phrase: Guisan était le chef militaire qui, dans les terribles années 1939 à 1945, a réussi à unir les Suissesses et les Suisses autour de la volonté commune de vivre libres. Ecoutons ses mots, prononcés le 19 août 1945  à Jegensdorf, avec le souvenir encore frais du service actif:

Il fut relativement aisé, pendant cette guerre, d'en appeler à notre destin, à notre idéal suisses. Plus aisé encore de les opposer aux idéologies étrangères. Parce que ces idéologies signifiaient pour nous : menace, tyrannie. Parce que notre idéal signifiait : résistance, liberté. »

De quelle façon est-ce que Guisan est devenu commandant en chef ? Comme il se doit dans notre pays: il est lentement monté en grade comme officier de milice en associant cours de répétition, services d'avancement et paiements de galon. Pour le plus grand bien de notre pays,  c'est le Conseiller fédéral Karl Scheurer qui le nomma colonel divisionnaire puis le successeur de Scheurer, Rudolf Minger, en 1932, qui le promu au grade de colonel commandant de corps, à la tête du 2e Corps d'armée. C'est bien sûr l'Assemblée fédérale enfin, qui l'éleva au grade de Général.

Minger et Guisan échangeaient depuis 1931 une correspondance dont la cordialité sans artifice mettait en pleine lumière cette objectivité suisse si caractéristique. Le télégramme rédigé avec une pointe d'humour le 22 mars 1931 par Guisan à l'intention de Minger est typique:

le commandant et sept cents officiers de la deuxième division regrettent l'absence du chef du département militaire général (sic) lui expriment leur reconnaissance pour le passé et leur absolue confiance pour l'avenir. Signé : Guisan »

Deux jours plus tard arrivait la réponse de Minger, qui luttait à l'époque contre des impératifs d'économies extrêmes - voilà qui n'est pas vraiment nouveau - et qui avait dû prendre en charge le département fédéral le moins aimé :

Je vous suis extrêmement reconnaissant pour la confiance que vous me témoignez et, tout en vous assurant de la réciprocité, je forme des voeux pour que la tâche qui nous est commune continue de s'accomplir dans cette atmosphère de confiance, pour le bien de l'armée et du pays. »

A cette époque-là, un peu comme actuellement, l'armée n'était plus à la mode et la nécessité de préparer la défense nationale était remise en cause de façon cynique afin de pouvoir faire des économies. Le fait d'être restés unis dans de telles conditions, d'avoir travaillé ensemble à renforcer l'instrument principal de la politique de sécurité, défini à l'époque comme maintenant par la Constitution, forge l'amitié.

Depuis 1936 les lettres les plus personnelles de Minger à Guisan, l'inverse étant aussi vrai, commençaient par „Mon cher ami" ou une expression du même genre, et finissaient par „Ton Conseiller fédéral " ou respectivement „Ton Général ", après l'élection de Guisan à cette fonction.

Certes, ces hommes étaient tous les deux, de par leur formation, leur caractère et leur activité professionnelle, des paysans et déjà pour cette seule raison ils se comprenaient à merveille. Lorsque Minger démissionna à la fin 1940, ce fut malgré tout pour Guisan, qui ne vit pas cette démission d'un bon œil, un „retour glorieux ... à la terre"! Lorsqu'en 1942 Minger sentit monter le mécontentement dans les campagnes à cause des longues périodes de service actif qui empêchaient les paysans mobilisés de participer aux travaux des champs les plus importants, il incita Guisan à aller s'expliquer avec le politicien paysan et Conseiller aux Etats Jacob Rudolf Weber à Grasswil. La démarche du Général fut couronnée de succès.

Mais, tous les politiciens ne sont pas des Minger et tous les officiers des Guisan !

 

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