13 mai 2011

Le sale petit mouchard de la commission des finances

Un document de travail interne à la commission des finances, daté d'hier, est déjà publié sur le site du quotidien 20 Minutes. Je le constate avec agacement. Grâce aux bons soins d'un député indélicat. C'est ainsi que l'on dit poliment ces choses. Hier, la commission des finances explorait les comptes 2010 du DSPE. Pour ce faire, quelques jours avant cette séance, deux députés sont chargés d'auditer en détails les comptes de ce département. L'un des deux prépare un rapport écrit et à l'usage exclusif de la commission qu'il adresse à tous les commissaires des finances. Puis, en séance de commission, en présence de Mme Rochat et de ses collaborateurs, les deux députés le présentent avant qu'il ne soit débattu par tout ce petit monde.

Ce rapport, à l'usage exclusif de la commission, était particulièrement critique. A juste titre. Lassé de n'être que modérément entendu par le département de police, depuis  de nombreuses années, c'est-à-dire avant l'arrivée de Mme Rochat, l'excellent député Renaud Gautier a choisi un ton ironique, presqu'irrévérencieux, voire carrément piquant mais aussi plein d'humour pour rédiger son rapport. Pour attirer notre attention et celle, surtout, du département. Ce qu'il a parfaitement réussi. Le débat a été animé, les camps se sont expliqués avec franchise. Mme Rochat a reconnu que la plupart des problèmes indiqués dans le rapport sont réels. Qu'elle a beaucoup de peine à les résoudre parce qu'en grande partie, ces problèmes sont issus directement de l'héritage laissé par Laurent Moutinot. Et puis aussi, que d'autres problèmes proviennent de son département mais qu'ils ne seront pas pour autant résolu en deux jours. Ce sont, pour la plupart, des problèmes récurrents qui datent de plusieurs années. Il faut donc saluer la pugnacité de Renaud Gautier face à une magistrate appartenant à son propre parti.

Le fond, le rapport ne pose pas problème à la commission. La forme, elle, a suscité des commentaires. L'expérience aidant, nous avons laissé en l'état ce dossier. Nous aurons l'occasion, avec la dernière journée entièrement consacrée aux comptes 2010, d'en reparler tranquillement entre nous, d'évaluer d'éventuels dégâts, de chercher pour les députés, mais aussi le chef du département et ses collaborateurs à tirer tout les enseignements pour ne pas avoir à revivre le même rapport l'année prochaine. Renaud Gautier en est capable, le bougre.

C'est ainsi que cela aurait du se passer. Mais grâce à notre collabo de commission, le rapport de Renaud Gautier devient un document public que la commission des finances aura peine à utiliser. Comme dit, le fond est juste. Mais peloté par la presse, la forme suffit pour discréditer le fond. Elle en amenuise sa portée, elle porte flanc à une critique personnelle plutôt qu'à celle politique, elle fractionne inévitablement la commission (ce que le président n'aime pas !) et elle contamine le débat. Plus rien n'est serein parce qu'il n'y a plus beaucoup d'espace de manœuvre. La salle de l'Alabama n'est pas le plateau d'infrarouge. A la fin d'un débat sur infrarouge, les invités se quittent sans avoir fait avancer le dossier. Aux finances, c'est tout le contraire. Nous nous expliquons, souvent longuement, en détails, parfois même avec virulence. Ce dossier, nous le terminons, après débat et vote. En jetant en pâture le rapport de Renaud Gautier, le sale petit mouchard nous complique la vie et réduit les possibilités de trouver une solution plus gracieuse, sans en corrompre le contenu. Et éviter une querelle inutile.

Ce sale petit mouchard pourri les mœurs politiques genevoises. Elles ne gagneront pas en qualité. Elles repousseront les citoyens les meilleurs qui souhaitent s'investir dans la politique et laisseront la place à d'autres sales petits mouchards qui ne comprendront jamais que certaines règles tacites, usuelles, internes au Parlement, basées sur l'honneur et le respect, permettent de travailler au bien de la République plutôt qu'au succès d'un parti. Mais déjà, j'ai la vilaine sensation de parler dans le vide.

 

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Commentaires

Bigre - je crois que c'est la première fois que je vais féliciter réserve un un député UDC pour son billet :)

Écrit par : AlexT | 13 mai 2011

oops - il faut lire "féliciter sans réserve un député UDC"

Écrit par : AlexT | 13 mai 2011

Il faudrait regarder les comptes de la Ville de Genève, à savoir la corruption qui règne sous Mme Salerno-Sommaruga. Elle en a déjà fait trop. Elle devrait démissionner de son poste.

Écrit par : rose des sables | 13 mai 2011

J'admire ceux qui ne "manient" pas la langue de bois et félicite l'auteur de ce billet.

Écrit par : verli | 13 mai 2011

L'Ecole Assange fait son chemin. Sous prétexte de transparence, on met en pâture des informations, on vole des données,on dévoile des dossiers dans les médias sans analyse, ni compréhension, ni sans évaluer les conséquences. Les élus, les fonctionnaires sont tenus au droit de réserve, tout comme ses avocats au droit de confidentialité et les médecins (ou personnel soignant) au secret médical

Écrit par : Sirène | 13 mai 2011

Ah, c'était donc ça ! Je ne sais pas pourquoi, mais votre texte me donne l'impression que vous visez quelqu'un en particulier. Un mouchard donc, sale et petit... Ce ne doit donc pas être un grand avec une immaculée cravate jaune ?

Écrit par : Séraphin Lampion | 13 mai 2011

Le document étant devenu public, où peut-on le télécharger ?

Écrit par : djinius | 13 mai 2011

C'est bien la première fois que je remercie un député UDC pour la pertinence de ses propos ...

Des noms, Monsieur le député Bertinat, des noms et un seul nous suffira !

Dénoncer c'est bien, aller au bout des choses c'est mieux. Il faut donc percer l'abcès !

A défaut de savoir qui se cache derrière "ce sale petit mouchard et député indélicat", nous sommes contraints de rechercher la composition de la Commission des finances sur le site officiel de l'État de Genève :

http://www.geneve.ch/grandconseil/commissions/Finances.asp

Et là on découvre qu'elle se compose de quinze membres, dont 4 femmes que l'on peut d'emblée exclure puisque "ce sale petit mouchard" est masculin !

Et puis, en écrivant "petit" n'égarez-vous pas un peu vos lecteurs ?...

Merci de votre billet !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 13 mai 2011

Finalement, on peut quand même se poser la question de savoir pourquoi une commission parlementaire, par essence publique, devrait travailler dans le secret.

Écrit par : djinius | 13 mai 2011

Djinius, c'est un choix. Pour protéger la qualité de ses travaux. Dont le but n'est pas de s'écharper sur la place publique, mais d'optimiser la gestion des comptes publics. On pourrait décider qu'elle travaille publiquement. Sous l'oeil des caméras, même. Ce qui aurait forcément pour conséquence de la faire travailler différemment. Pas forcément mieux, pas forcément moins bien (encore que) mais en tout cas différemment. Dans le cas présent, la politique étant ce qu'elle est, cela aurait privé le rapporteur d'une partie de sa liberté de ton. Sur le fond et la forme.
Pour l'heure, donc, la commission est censée travailler de manière confidentielle. Celui qui en révèle le contenu est un mauvais joueur, qui ne respecte pas les règles du jeu. Très probablement, c'en est un qui ne respecte que les règles du Je.

Écrit par : Philippe Souaille | 13 mai 2011

Est-ce vraiment vrai? Peut-être un fantasme afin que les comptes soient rendus publics, que les citoyens soient informés. Finalement, comme le dit M. Souaille, la commission est censée travailler de manière confidentielle, mais de cette manière combien de chose peut-on magouiller? On peut se poser des questions quant à la "règle du jeu"? Et l'on aurait moins d'affaires de corruption.

Écrit par : rose des sables | 13 mai 2011

Est-ce vraiment vrai? Peut-être un fantasme afin que les comptes soient rendus publics, que les citoyens soient informés. Finalement, comme le dit M. Souaille, la commission est censée travailler de manière confidentielle, mais de cette manière combien de chose peut-on magouiller? On peut se poser des questions quant à la "règle du jeu"? Et l'on aurait moins d'affaires de corruption.

Écrit par : rose des sables | 13 mai 2011

Il y une loi sur la transparence de l'administration. Le parlement n'est certes pas l'administration, mais il n'y a aucune raison valable pour que ces documents ne soient pas publics. Les combines sous la table, ça commence à bien faire.

Écrit par : gérard | 13 mai 2011

@ Pour protéger la qualité de ses travaux. Dont le but n'est pas de s'écharper sur la place publique, mais d'optimiser la gestion des comptes publics.

Donc ils peuvent s'écharper en privé, ce qui est sensé optimiser la gestion des comptes publics. Très curieux raisonnement.

Écrit par : gérard | 13 mai 2011

A lire certains commentaires, il me semble qu'il y ait confusion entre "transparence" et "intérêts publics", ainsi qu'entre "démocratie" et "populisme".

En effet toute transparence n'est pas forcément garante de la défense des intérêts publics, à moins de connaître, mais surtout de posséder, la totalité d'un dossier et de son contexte, très souvent fort complexes. C'est l'une des raisons qui font qu'une commission peut décider de travailler sans rendre public ses travaux et délibérations. L'objectif final étant l'efficacité de son travail. En effet, comment voulez-vous travailler efficacement si vous êtes constamment interrompus par des interpellations étrangères à la commission, en ayant à répondre à des questions biaisées dont le seul objectif est de créer des effets dilatoires ou perturbateurs ?

Par ailleurs, la composition d'une commission respecte le représentation électorale des partis telle qu'exprimée lors des élections. C'est l'essence même de la démocratie et sa vertu. Il est donc abusif de voir dans le travail "discret" d'une commission une quelconque velléité de subornation ou de corruption.

Dernière remarque, le populisme n'a rien à voir avec la démocratie !

Le populisme c'est flatter l'opinion publique pour la détourner au profit d'une seule cause, alors que la démocratie c'est l'expression populaire pour la défense de l'intérêt général.

Le populisme est à la démocratie, ce que le "fastfood" est à la gastronomie, les deux calment la faim, mais ni l'un, ni l'autre, ne rassasie vraiment et tous les deux provoquent des brûlures d'estomac !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 13 mai 2011

Quelque part, la commission travaille un peu comme un tribunal, qui doit juger de la qualité du travail de gestion qui a été fourni par les autorités et l'administration. Pour cela elle auditionne, reçoit, écoute, enquête. Et n'accuse pas à tort et à travers avant d'en avoir fini.
Dans tous les tribunaux du monde, le secret de l'instruction est garanti, pour permettre par exemple d'aller au plus près de la vérité sans accuser des innocents à tort, et pour éviter que ceux-ci soient livrés à la vindicte publique, pour servir des intérêts particuliers.
Il ne s'agit pas de couvrir des magouilles (ou des incompétences) mais de permettre un travail serein. Ensuite seulement, la commission rend son rapport au grand conseil, ce qui quelque part, équivaut au moment public du procès.
Faire travailler les commissions en public reviendrait à remplacer la justice par le lynchage... C'est apparemment ce dont rêvent certains kadors de certains partis.

Écrit par : Philippe Souaille | 13 mai 2011

le secret des dieux... et mon cul c'est du poulet ?

Écrit par : padup | 13 mai 2011

....sale vous dites... vous parlez des cheveux du bonhomme ?

.... petit ....le cerveau ... mais pas la taille ?

Vous pensez à qui ?

Écrit par : Arthur | 14 mai 2011

Puisque c'est un rapport confidentiel - tout au moins au départ - pourquoi ne pas en tirer 15 exemplaires papier différenciés, avec l'insertion d'une trame légère personnalisée sur chaque page, comme savent bien le faire les traitements de texte (le nom du député à qui est destiné le rapport) ?

Écrit par : ymac | 14 mai 2011

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