11 juin 2012

Remy Pagani se prend pour un chef d'Etat

C'est une visite d'amitié. Entre un syndicaliste de gauche devenu l'espace d'une année maire de la Ville de Genève et un ancien opposant au président Ben Ali, chef de la gauche nationaliste tunisienne, et devenu son successeur. Moncef Marzouki, de passage vendredi 8 juin à Genève dans le cadre d'une conférence organisée par le BIT, a été reçu très officiellement par Rémy Pagani, maire de Genève. Ce dernier, entouré par le président du Conseil municipal, lui aussi de gauche, a évidemment profité de l'occasion pour faire connaître sa profonde admiration au président tunisien et à « la lutte héroïque du peuple tunisien pour sa liberté ». L'on pourrait simplement sourire à cette visite d'amitié entre potes si elle n'avait conduit le maire de Genève a dépassé les bornes en matière de politique étrangère. Ce n'est pas à Rémy Pagani d'être le récepteur officiel des demandes de remboursements des fonds que Moncef Marzouki adresse à notre gouvernement. L'insistance du maire de Genève pour que soit débloqué 60 millions de francs appartenant à la Tunisie et planqués dans nos banques est déplacée. Il peut vite oublier sa nouvelle « paganerie » souhaitant puiser à sa guise dans la subvention accordée à la Délégation Genève Ville solidaire pour aider le président tunisien à faire pression sur le Conseil fédéral. Et cela, la veille de la visite de Simonetta Somarruga en Tunisie pour régler le partenariat migratoire qui doit faciliter le retour de requérants tunisiens. Berne a dû apprécié...

Je suppose qu'il existe un processus écrit bien précis pour les réceptions officielles organisées par la Ville de Genève et que dans ce règlement, il est précisé le rôle, les compétences (les limites) et même l'annonce au département fédéral des affaires étrangères de ces visites d'amitié organisées par la Conseil administratif. Je poserai cette question. Et si la réponse est négative, il faudra rapidement combler ce vide dangereux pour qu'une réception officielle à Genève ne ressemble pas à une récupération politique faite entre potes et sur le dos des citoyens !

 

 

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Commentaires

Une fois n'est pas coutume, mais aujourd'hui je partage tout à fait vos propos !

Ce n'est pas la première fois d'ailleurs qu'un Maire de Genève se permet d'interférer dans un domaine qui n'est pas le sien. Manuel Tornare s'est aussi permis de tels écarts dans le passé, notamment lors d'une conférence organisée par l'ONU.

Être Maire de Genève ne confère aucun droit à promouvoir ses idées politiques et encore moins à donner son avis sur des négociations ou litiges en cours, et surtout à le faire au nom de Genève, auprès de visiteurs étrangers. Dans ce rôle, le Maire exerce une fonction purement protocolaire qui implique des règles.

La politique étrangère appartient de plein droit à la Confédération et il n'est pas souhaitable, ni concevable, qu'un Maire ou qu'un Conseiller d’État interfère dans ce domaine au risque d'affaiblir la position du Conseil fédéral.

Oui, d'accord avec vous, s'il n'existe pas de règles formelles à ce sujet, il faut en définir et ceci aussi bien au niveau de la Ville que du Canton.
Pourquoi ne pas interdire tout simplement ce genre de rencontres avec le Maire de Genève en lui substituant le Chef du protocole ?

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 11 juin 2012

Ce n'est pas compliqué : cette démarchée est dictée tout d'abord par l'idéologie. Qui est internationaliste par définition, qui dépasse les frontières, le champ de compétences, les règles de la décence s'il la Cause l'exige.

Là où les autorités fédérales mènent des négociations pénibles avec l'idée - on l'espère du moins, c'est le bon sens et le respect de soi qui le commandent ! - de lier la libération des fonds du dictateur au renvoi des criminels dans leur pays d'origine, l'élu communal imprégné d'idéologie déclare à ses "amis" tout ce qui veulent entendre. Bien entendu, pour lui, les criminels étrangers ou l'immigration restent un tabou, ADN idéologique oblige. Par contre, se montre généreux lorsqu'il ne s'agit pas de sortir des sous de sa poche, là oui.

Écrit par : Youri Gagarine | 12 juin 2012

Entre un opposant à Ben Ali, et ce dernier, grand démocrate devant l'éternel, je vois que l'UDC ne réfléchit pas vraiment longtemps avant de se positionner ... du "bon" côté.

Écrit par : Djinus | 12 juin 2012

Ben Ali qui vient d'être condamné hier à 20 ans de prisons ...

Écrit par : Djinus | 13 juin 2012

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