25 septembre 2012

Comptes et conte d’insomnie…

xfiles.jpgBudget 2013 : aux frontières du réel

Nous attendions le début de la séance, dans la salle qui se trouve au sous-sol du Palais Eynard. La porte était grande ouverte sur les Bastions. Il faisait beau. Nous étions tous là, Sandrine Salerno, Rémy Pagani et leurs fonctionnaires surchargés de documents. Prêts pour découvrir le budget 2013. C'est alors que nous avons vu arriver Dana Scully et Fox Mulder, pressant sous leurs bras les trois livres du budget 2013. Nous avons été surpris, très surpris. Ils n’ont rien dit, nous ont regardé sans émotion puis ont déposé en vrac leurs bouquins, non sans rester aux aguets comme s’ils courraient un danger. Il n’en a pas fallu plus pour passer en un éclair du statut de conseillers municipaux à celui de spectateurs perturbés. L’ambiance est devenue électrique. Sans comprendre, nous avons tous frémis.

« - Asseyez-vous en silence » a crié Dana Scully, d’un mouvement rapide de la tête qu’a suivi avec grâce les vagues rousses de sa chevelure.

Denis Menoud s’est aussitôt méfié :
« - C’est encore une combine à Pagani ! »

« - Vous n’avez pas la parole ! lui rappela doucement le président Velasco. »

« - Mais vous ne pouvez pas interdire à M. Menoud de s’exprimer ? s’emporta M. Lathion. Dans quel régime vivons-nous ? »

Impassibles, ils se sont assis en bout de table, près de la porte d’entrée. Mulder a posé délicatement ses ray bane sur le bord de la table recouverte d’une belle nappe blanche. Puis, il a porté à nouveau un regard encore plus vide et encore plus froid sur chacun d’entre nous. Personne n’a aimé. A Genève, on ne fait pas comme ça, c’est des manières de Ricains ! Une fois assise, Scully a plongé ses mains dans son épaisse chevelure pour se masser la nuque puis a enfoncé ses mains dans les profondes poches de son manteau, plantant son regard sur ses chaussures, à semelles rouges. C’est vrai, elles étaient pas mal… Et pas que ses grolles.

La commission des finances n’en revenait toujours pas. Faut avouer qu’avec Sandrine Salerno et Rémy Pagani, ce n’était pas exactement le même spectacle lorsqu’ils présentaient le budget. Nous regrettions presque ce temps. Les deux agents du service des affaires non classées s’étaient assis auprès du président Velasco qui semblait attendre on ne sait quoi. Eux non plus, ne savaient pas quoi faire. Et nous itou. Sur l’ordre du jour, il y avait l’annonce d’invités exceptionnels. Nous nous attendions à recevoir David Hiler ou encore Charles Beer venu défendre sa razzia sur la culture et sur le sport. Et bien non. Mulder et Scully étaient devant nous. Enigmatiques à souhait. Pas plus rigolos que dans leur feuilleton. C’est vrai ça, on les voit pas beaucoup rire dans leur feuilleton. Allons-nous observer des soucoupes volantes ? Ou entendre l'histoire des corps d'extraterrestres retrouvés à Roswell ?

«  - Bon, se risqua le président. On va commencer. Mulder et Scully veuillez distribuer les budgets ! »

« - Monsieur le président, intervint à nouveau Denis Menoud, l’ordre du jour n’indique pas la présence de ces deux oiseaux venus d’Hollywood. Qu’est-ce que cela cache encore… »

C’est alors que Fox Mulder sorti de la poche de son veston en daim un petit pistolet bizarre. On aurait dit un jouet, il était tout transparent, en verre, et il y avait dans le canon un liquide vert, un peu comme de la liqueur de la Chartreuse.

«  - Bonhomme, si tu crois me faire peur avec ta pétoire aussi transparente qu’un budget public… Denis Menoud n’eut pas le temps de finir sa phrase. Mulder lui tira à bout portant et sans bruit un éclair verdâtre entre les deux yeux. Salika Wenger éclata de rire puis soudainement se tu. Notre ami Denis Menoud disparu aussi sec dans un nuage blanc, lui-même chassé par la bise qui soufflait sur Genève. Il sorti par la porte, toujours ouverte. Dans un grand silence. Nous l’avons regardé s'élever dans le ciel, quelques minutes, sans savoir quoi dire, ni savoir quoi faire. J’ai levé la main pour lui dire au revoir. Je me retournai vers le président. Mais lui-aussi était perdu dans l’observation de ce nuage qui disparaissait petit à petit, emmenant Dieu sait où notre collègue.

J’ai donc pris la parole. Selon moi, il y a meurtre et dans ces conditions cinématographiques spéciales, il faut appeler sans plus attendre Jules Maigret!

Daniel Sormani a explosé de colère :
« - Quoi ? Un frontalier ? Mais tu n’y penses pas !

«  - Alors qui ? demandais-je tout penaud.

«  - Monk ! Il est marrant et il est très fort » dit ma collègue Martine Sumy.

«  - Je préférerai Mentalist et Simon Baker » proposa Frédérique Perler-Isaz, presque rougissante.

Mulder commençait à étudier les environs, tenant toujours à la main son joujou en verre. Scully avait mal à la tête et tenait pour responsable le vin blanc d’Eric Leyvraz.
« - Faudra qu’j’aille lui lendle visite », dit-elle, ses petites dents toutes serrées.

La procès-verbaliste, très à son affaire, fit circuler la feuille de présence pour la première heure. Chaque commissaire s’assit, sorti son stylo et signa. Mais comment faire pour Denis Menoud ?

« - Le MCG est venu avec deux de ses membres, il faut qu’il y ait deux signatures ! » indiqua Daniel Sormani.

« - Le MCG vole l’argent du contribuable, c’est écœurant ! » tonna Pierre Vanek, toujours soucieux de protéger les masses laborieuses et le bon usage de l’argent public. Daniel Sormani se leva mais Mulder lui posa doucement sur la tempe le canon de son arme transparente. Chacun se rassit vite fait, bien fait, sans plus rien dire, comme on le faisait à l’école primaire. Même Gary Benaïm n'en rajouta pas une petite pour la route. Et Simon Brandt ne put faire de l’humour. Il connait bien les guignols de l’info mais moins bien cette série télévisée X-Files.

«  - Et pour Jules Maigret ? J’aimerai bien le voir enquêter… » demandais-je bêtement. Scully se leva avec une rapidité surprenante, sorti une espèce de grenade, la dégoupilla sous mon nez et… Après je ne me rappelle plus vraiment : j’ai tourné de l’œil. Quand je me suis réveillé, cette garce de Scully buvait mon verre de coca.

« - C’est meilleur que vos floutues vins ! »

Chose curieuse, Alberto Velasco avait un petit air coquin qui tranchait avec l’inquiétude grandissante que chaque commissaire ressentait. Il n’y avait plus rien de sensés dans cette séance de commission. D’où sortaient ces deux acteurs yankees ? Qu’est-ce qu’ils faisaient ici ? Ils ne s’étaient pas échappés de leur DVD, au moins. D'un asile psychiatrique peut-être ? Quel cauchemar.

C’est Olivier Fiumelli qui trouva le fin mot de cette étrange séance. Ce n’est pourtant pas le plus futé mais il est un bon observateur. Mulder et Scully n’étaient pas Mulder et Scully. Deux personnes dont la ressemblance était étonnante avaient joué cette étrange pièce où chacun de nous avait perdu le sens de la réalité. Ils disparurent aussi vite qu’ils étaient venus.

C’était la combine d’Alberto.
" - Pour rabaisser vos caquets et rendrent les séances de commissions plus disciplinées!"

Vaste programme…

«  - La vérité est ailleurs » a-t-il dit tout fier de lui. Elle n’est pas dans nos séances quand vous vous permettez de prendre la parole sans avoir reçu mon autorisation ou que vous vous invectivez pour tout et pour rien.  Vous me faire tourner en bourrique. Quelques repères perdus, entre la réalité et la fiction, ont suffit à déstabiliser un groupe d’élus toujours prêts à chahuter le président. « - La vérité est ailleurs. » répéta-t-il. Maintenant, c’est fini de jouer aux guignols ! A vos places. Le budget vous est distribué et la parole est à Madame Salerno.

« - Bin, et Menoud ? s’inquiéta son collègue Sormani. Il est où ? »

Le président posa lentement sur le bord de la table recouverte d’une belle nappe blanche le pistolet en verre de Mulder qu’il tenait caché et, toujours avec son petit sourire, regarda sa montre et dit : à cette heure, et compte tenu que c’est la bise qui souffle, ton collègue est déjà en France…

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