09 janvier 2013

Gil Dumartheray, patriote et militant inlassable

Gil Dumartheray s’est éteint le 2 janvier dans sa 93ème année. Il fut une référence pour tous les patriotes qu'animait le combat politique, par sa réflexion tranquille, par sa pondération naturelle qui n'excluait aucunement des convictions fermes. Jeune militant au « Réveil civique » dès 1954, il fut de ceux qui dénoncèrent, dix ans plus tard, la pièce « Le banquier sans visage », prélude à la naissance du mouvement patriotique Vigilance dont il fut l’un des membres fondateurs. Pour Gil Dumartheray, Vigilance est «  un mouvement civique, non pas un parti, car qui dit parti, dit défense des intérêts d’une classe contre ceux des autres ». Tout est dit ou presque...

Il fut député de 1965 à 1969, puis conseiller municipal à la Ville de Genève de 1971 à 1987. Il fut candidat au Conseil administratif en 1975 et présida Vigilance de 1974 à 1982. Il s’occupa enfin, vers les années 1990, de l’association « L’Equipe » qui participa à de nombreuses votations par le biais de petites annonces particulièrement bien rédigées.

Son amour de la politique lui fit traverser un demi-siècle d’histoire genevoise. L’on s’amuse à parcourir toutes ces années durant lesquelles les mêmes sujets s’entrecroisent, hier comme aujourd’hui. Gil Dumartheray se battait pour sauver la Rade (référendum en 1972), contre la municipalisation des employés du Grand Théâtre ou la reconstruction de l’hôtel Métropole (1976). Sur ce dernier sujet, on retrouve dans l’une de ses interventions toute la philosophie politique du conservateur qu’il était: « Il s’agit de restaurer ce qui existe pour éviter l’enlaidissemenGenève de 800'000 habitantst de la Rade et toute aventure financière ». L’on ne parlait pas encore du Stade de Genève…

En 1983, entouré des fidèles de Vigilance, Arnold Schlaepfer, Mario Soldini, Robert Cramer, Jean-Jacques Favre, il expliquait ses préoccupations  face à l’expension de la Genève de 800'000 habitants qui sera surpeuplée, cosmopolite et bétonnée ». Et d’interroger les Genevois : Faut-il être nombreux pour vivre heureux ?

Protestant luthérien libéral, ardent patriote, défenseur inaltérable de la neutralité permanente et active, il s’engagea inlassablement dans tous les combats politiques qui mettait à mal l’armée ou l’indépendance de la Suisse. Opposé comme il se doit à l’entrée de la Suisse dans l’ONU (1985), il pose le problème en termes simples : « Comment la Suisse pourrait-elle se comporter en Etat réellement neutre dans une institution dont le rôle est précisément d’intervenir dans les conflits qui agitent la planète ? ».

Le sens de la formule, l’amour du slogan bien fait, les mots choisis animaient cet horloger-bijoutier : « Les Vigilants doivent rester princes de leur ville » ou « Les Vigilants sont les extrémistes de la modération » firent mouche auprès des électeurs durant un bon quart de siècle. Journaliste du Journal de Genève, Françoise Buffat qui n’a jamais porté Vigilance dans son cœur n’en relevait pas moins les qualités indéniables de Gil Dumartheray : fin et cultivé, il avait le sens des nuances. S’exprimant sur la disparition de ce même journal, il écrivait en juillet 1997 : « Puisse votre adieu être au revoir ». La formule est belle, réaliste mais cerclée d’espoir en l’avenir. Tel était Gil Dumartheray. Que ce combattant repose en paix.

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Commentaires

Bravo Eric, très bel hommage à ce grand homme! Homme de convictions, fin et modéré! Il nous manquera!

Écrit par : Christo Ivanov | 09 janvier 2013

Je garde un très bon souvenir de G.Dumartheray.Albert Chauffat ancien prèsident du conseil municipal de la ville de Genève.

Écrit par : Chauffat Albert | 09 janvier 2013

Je me joins à ton oraison funèbre. Mon père connaissait très bien Gil et j'ai eu aussi l'occasion de le connaître. Un grand Monsieur ! Je profite aussi d'avoir une pensée pour Arnold Schlaepfer décédé le 30 avril 2011.

Écrit par : Herbert Ehrsam | 10 janvier 2013

La République doit toujours s'incliner devant ses fils qui l'ont servie sans jamais vouloir l'asservir.

Merci d'avoir si bien évoqué ce vrai patriote qui avait, effectivement, la démocratie chevillée au corps et le sens des mots clés dont celui que les politiciens actuels vilipendent le plus "neutralité".

Dommage que les formations qui ont succédé à la sienne se fourvoient aussi souvent avec des actions soit trop personnelles (MCG) soit à rebours du bon sens (UDC).

R.I.P.

Écrit par : Dominique Vergas | 10 janvier 2013

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