28 septembre 2015

Crise humanitaire ou crise du droit humanitaire?

«La digue humanitaire est condamnée à lâcher», peut-on lire dans la Tribune de Genève de ce 28 septembre. Le déficit de financement des programmes onusiens d’assistance aux «réfugiés syriens» s’élèverait à 3,47 milliards de dollars. Pour le CICR et le HCR, c’est le naufrage.

Et nous n’en sommes qu’au début de la crise migratoire, si l’on en croit le directeur du CICR, M. Yves Daccord.

L’Organisation internationale des migrations (OIM), elle, se lamente de sa «comptabilité morbide des migrants morts en mer: 2800 depuis le début de l’année».

Et pourtant, des ONG continuent de larmoyer et de décréter que «les Etats doivent faire preuve d’humanité et ne pas se contenter d’une approche distinguant réfugiés, migrants économiques et demandeurs d’asile». Peut-être devraient-elles ajouter qu’il ne faut pas non plus distinguer les Syriens des Afghans, Irakiens et autres qui se mêlent au mouvement.

La responsable du HCR pour la Suisse, Anja Klug, va encore plus loin en regrettant, dans le  NZZ am Sonntag, que «les personnes n’étant qu’admises provisoirement doivent composer avec le risque de se faire renvoyer de Suisse à tout moment» et «qu’elles n’ont qu’un accès restreint au marché du travail, qu’elles ne peuvent sortir des frontières et que les membres de leurs familles ne sont souvent pas autorisés à les suivre dans notre pays».

On ne cesse donc de nous marteler que, en vertu de la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés, tous les migrants sont des réfugiés et qu’ils sont tous syriens et persécutés. Il faudrait tous les accueillir sans aucune distinction, leur donner du travail, puis accueillir toute la famille. D’ailleurs, ils ont tous besoin de protection, car ils sont «vulnérables». Si vulnérables qu’ils parcourent la Méditerranée, paient des passeurs, marchent de longues heures avec bagages et progéniture et traversent des barbelés.

Et c’est pourtant à cause de cette mentalité que ces instances humanitaires internationales sont au bord du gouffre, entraînant avec elles des Etats à bout de moyens et d’infrastructures.

Ce monde n’est pas sérieux.

Il suffit de lire le «Guide des procédures et critères à appliquer pour déterminer le statut de réfugiés» qui prévoit que : «28. Une personne est un réfugié, au sens de la Convention de 1951, dès qu’elle satisfait aux critères énoncés dans la définition. Cette situation est nécessairement réalisée avant que le statut de réfugié ne soit formellement reconnu à l’intéressé. Par conséquent, la détermination du statut de réfugié n’a pas pour effet de conférer la qualité de réfugié parce qu’elle est reconnue comme telle, mais elle est reconnue comme telle parce qu’elle est réfugiée»

De plus, tout en admettant que la Convention de Genève de 1951 ne se rapporte pas expressément aux personnes qui fuient les conflits ou les situations de violence générale, le HCR considère que les personnes qui fuient pour ces motifs et que leur État ne peut pas, ou ne veut pas protéger, doivent être considérées comme des réfugiés «conformément à la Convention de Genève, puisqu’elles en remplissent les conditions», alors même qu’il admet que tel n’est pas le cas.

Ainsi, donc, un réfugié est un réfugié car il est un réfugié. Syrien ou pas, persécuté ou pas, djihadiste ou pas. Pour ce dernier cas de figure, le Service de renseignements de la Confédération n’a qu’à faire son boulot.[1]

Avec, toutefois, une réserve en cas d’«exil massif» où une audition individuelle est impossible, de sorte qu’un groupe est considéré comme composé de réfugiés selon un examen «prima facie» et dans la mesure où le cas contraire n’est pas prouvé[2].

Nous voilà rassurés.

Au vu de toutes ces aberrations, force est de constater que la crise «syrienne» est en train de sonner le glas d’un droit international humanitaire dépassé, irresponsable et ruineux.

Il devient donc urgent que le droit suisse prime enfin sur ce un droit international qui se meurt de par ses propres aberrations.



[1] Notice du Secrétariat aux migrations relative à la mise en œuvre des nouvelles mesures en faveur des victimes du conflit syrien. Juin 2015

[2] Ibidem

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Commentaires

Et pendant ce temps on continue à galérer pour trouver un logement à un prix abordable ou simplement un job pour survivre comme le relève le journaliste blogeur Tischler avec son aventure personnelle édifiante.
Oui ce n'est pas sérieux et vraiment pas rassurant.

Écrit par : Pierre Jenni | 28 septembre 2015

crises humanitaires / droit international bafoués : ça c'est clair, depuis des décades.
on est au pied du MUR des CRISES des impuissances politiques

Sept 2015. l'arabie saoudite veut décapiter puis crucifier sur place publique Ali Mohammed Al-Nimr, un simple manifestant chiite

Sept 2015. Faisal Trad a été choisi pour présider le panel du Conseil des droits de l’Homme

Comme avant 2013, l'arabie saoudite refuse d'entrer au Conseil de Sécurité de l'ONU
qu'elle juge impuissante


http://www.liberation.fr/monde/2013/10/18/l-arabie-saoudite-refuse-d-entrer-au-conseil-de-securite_940530


http://www.lemonde.fr/international/article/2015/09/22/le-role-de-l-arabie-saoudite-au-conseil-des-droits-de-l-homme-fait-debat_4767286_3210.html

Écrit par : suisse & genevois déshérité | 28 septembre 2015

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