03 février 2016

"La culture lutte" pour elle-même

« La culture lutte » est un conglomérat d’artistes subventionnés par l’argent public, rebelle à toute coupe budgétaire et qui soutient évidemment les deux référendums contestant la décision du délibératif. Presque une page complète dans La Tribune de ce jour permet à ce mouvement d’exprimer son désarroi après les coupes budgétaires opérées par la droite du Conseil municipal.  

De quoi découvrir les critiques et arguments qui sont les leurs. Eh bien, mis à part les insultes d’usage envers la droite (irresponsabilité, manque de vision et d’ambition, pratique du terrorisme, mépris ; j’en passe et des meilleurs), je peine à voir autre chose qu’une réaction quasi-syndicale, hors des réalités alors que les collectivités publiques dépensent des centaines de millions de francs pour la culture. A l’image de M. Yann Marussich, performeur, qui nous explique qu’il perd deux mois de salaire suite à la baisse de 2% des subventions accordées aux associations. Il en reste tout de même 98% ! De même en est-il des critiques voulant que cette baisse monétaire a pour but de combattre le tissu associatif qui devra lui aussi compter ses sous, comme une bonne partie des Genevois. Enfin, que penser de l’affirmation que « réduire le temps de travail d’un intermittent, c’est gonfler les statistiques du chômage » ? Les travailleurs de ce canton qui n’ont pas la chance d’être subventionnés apprécieront cette rodomontade d’un milieu qui vit sur sa petite planète.

J’espère vivement, pour la qualité du débat à venir, qu’il y aura d’autres arguments pour décider la population à revenir sur la décision du conseil municipal. Je comprends le contexte difficile que connaissent les milieux culturels genevois. Un contexte qui est le même pour le plombier, l’électricien ou le restaurateur. Et qui est même plus difficile pour eux : pas de rénovation du Gd Théâtre à 60 millions, pas de Nouvelle Comédie à 90 millions, pas de MAH à 132 millions pour leurs permettre de pratiquer leur art.

La chorégraphe et cinéaste Fabienne Abramovich pose une question bien dangereuse, à double tranchant : la culture doit-elle être un service à la population ? A l’heure de l’arrivée massive de migrants, qu’il faudra héberger, soigner, nourrir, éduquer, d’un chômage genevois endémique, d’une libre circulation qui complexifie l’emploi pour les résidents genevois et surtout des finances publiques dans le rouge, je suis de ceux qui pensent qu’il y a des priorités qui passent avant la culture (la sécurité, la santé, les assurances sociales).

Mais force m’est de constater qu’en réduisant de 2% les subventions aux associations, ce débat n’a pas lieu d’être. La culture, en ville de Genève, bénéficie d'un budget de 313 millions de francs. Tout de même…

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