03 mars 2017

Benoît Genecand, converti à la bonne parole UD

benoit.jpgIl va y avoir quelques secousses dans les rangs du PLR genevois après les déclarations de Benoît Genecand dans La Tribune de Genève. Affirmer être opposé à la libre circulation est au PLR ce que l’homosexualité est à l’Eglise catholique. Un désordre, un péché. Un vrai de vrai. Un de ceux qu’il faut confesser avec un ferme propos. Comment vont faire les barons du  Boulevard Emile-Jaques-Dalcroze et ceux de la rue de St-Jean pour pardonner au conseiller national ses propos déviants ? Parce qu’il a fait fort le père Genecand. Il n’a pas seulement affirmé être contre la libre circulation, il a justifié sa position par une critique des milieux économiques, de ses dérives, de sa soif insatiable de développement. L’iconoclaste a osé : « L’économie a toujours éludé une question basique : on est 8,3 millions d’habitants, On sera 10 millions en 2030 ou 2035. Mais ça s’arrête où ? » Et de pointer du doigt l’outil chéri des milieux économiques : la libre circulation. Il estime que le joujou provoque des tensions au sein de la population parce que celle-ci est perdante. « Aujourd’hui, il commence à avoir plus d’inconvénients que d’avantages ».

Ce n’est pas le premier représentant d’un parti bourgeois (ou même un grand patron) qui chemine vers Damas. Rappelez-vous l’ancien président démocrate-chrétien, Christophe Darbellay, qui, en mars 2015, découvre que l’immigration subie par la Suisse depuis l’entrée en vigueur de la libre-circulation est calamiteuse. Ou Rolf Dörig, président du conseil d'administration de l'assureur Swiss Life et spécialiste du travail temporaire Adecco. Il voyait dans l'initiative sur l'immigration de masse une chance: "Nous autres dirigeants de l'économie avons trop longtemps suivi exclusivement les intérêts des entreprises", déclarait-il dans la Schweiz am Sonntag. "Trop longtemps, nous n'avons pas perçu ce qui se passe dans la société", avait-il ajouté. Le partenariat social, le contrat entre les générations et la cohésion sociale sont au bord de basculer.

Les milieux économiques l’ont admis au lendemain de la votation de l'initiative UDC contre l’immigration de masse. economiesuisse estimait, toujours en 2015, qu’il est trop facile d’engager des étrangers, ce qui a pour résultat de laisser en rade les Suisses, beaucoup de Suisses. La paix sociale est fragilisée et l'économie n'aime pas cela. Sans pour cela en tirer les conclusions qui s’imposent : dénoncer la libre circulation. Au contraire, le feu a été nourri contre l’UDC et son initiative, particulièrement à Genève, de la part des partis bourgeois et de la Fédération des Entreprises romandes.  Quant aux représentants bourgeois au Conseil d’Etat, leur opposition à toute régulation de l’immigration est inversement proportionnelle à leur adhésion à la régularisation de clandestins. 

Ainsi donc, la volonté clairement exprimée par les Suisses de maîtriser l’immigration fait son chemin hors des rangs de l’UDC. Une volonté qui doit être mise en application alors que nos dirigeants sont toujours recroquevillé sur leur vision dépassée d’une Suisse aux portes ouvertes à tous les mouvements migratoires. « Simplement on tiendra le robinet » comme le dit Benoît Genecand. C’est exactement ce que veut le peuple. Et d’un qui l’a entendu !

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Commentaires

Depuis environ 1 mois il y a dans la presse des pseudo "coming out" venant tant de la gauche que de la droite libérale où l'on reconnaît que oui la libre-circulation pose problème. Ce n'est pas la première fois qu'ils nous jouent cette chanson. Je ne les crois pas une seule seconde, c'est de la pure démagogie et du marketing politique.

Les PLR viennent de s'apercevoir avec leur raté de RIE III qu'ils sont en train de payer un coût énorme, qu'ils doivent se refaire une image. En Suisse-alémanique des citoyens ont voté contre la RIE III juste pour sanctionner l'inapplication du vote du 9 février, [neinsager].

Le problème avec Mr Genecand, que la Tribune et d'autres journalistes viennent nous présenter l'air de nous dire "vous voyez il y a au PLR aussi des gens qui sont de votre côté" c'est que je ne le crois pas non plus une seule seconde.

Et voici pourquoi :

- Mr Genecand est contre la libre-circulation. Alors pourquoi le 21 septembre au Conseil national a-t-il voté oui aux dispositions présentées par Cesla Amarelle et qui vidaient le vote du 9 février de toute substance ? Le 21 septembre Mr Genecand a violé la constitution avec tous ses correligionnaires.

- Mr Genecand se dit contre la libre-circulation, il n'a a aucun moment pris la parole au conseil national pour s'opposer et dire ce qu'il raconte aujourd'hui dans la Tribune, trois mois après que la Constitution ait été violée.

- Mr Genecand s'est certes abstenu de voter lors du vote final le 16 décembre au Conseil national, mais une telle abstention n'a aucun signification, tout au plus s'il était contre aurait-il dû alors voter non pour marquer son opposition. Il ne l'a jamais fait.

Il y a des gens qui n'ont pas l'air de comprendre ce qui s'est passé le 16 décembre avec l'inapplication du vote du 9 février, rien moins que la plus grave violation de notre constitution jamais vue dans toute notre histoire, rien moins qu'un coup d'état.

Si les PLR croient qu'après des actes aussi graves contre nos institutions qu'il va leur suffire de deux ou trois articles de presse, des mêmes boniments qu'ils utilisent depuis plus de 20 ans pour manipuler le peuple sur la libre-circulation, qu'il va y avoir un coup de gomme, je crois qu'ils se trompent.

Après un coup d'état rien ne peut plus être comme avant. La ligne rouge a été franchie. Les genevois dont beaucoup ne semblent même plus savoir ce qui se passe de la politique fédérale vont découvrir peu à peu les mouvements de fond qui sont en train de se former dans la Suisse profonde.

Michel Piccand

Écrit par : Piccand Michel | 03 mars 2017

ah! Un grand merci Michel Piccand pour vos écrits et analyses, c'est aussi bénéfique que rare de vous lire
du moins pour moi & les rares suisses non binationaux de mon entourage

Reste à découvrir la stratégie que masque la position plutôt provocante dans son contexte, de M. Genecand.

Écrit par : divergente | 03 mars 2017

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