10 mai 2018

Faut-il réécrire les textes sacrés?

C’est la question que se pose le professeur d'Ancien Testament à l'Université de Genève, Jean-Noël Macchi dans La Tribune du 9 mai 2018. "(...) certains versets (tirés des écrits fondateurs des grandes religions) heurtent, non sans raison, la sensibilité de nombreux lecteurs contemporains. Certains passages invitent à la violence, à rejeter certaines catégories de personnes ou à tenir les femmes dans un statut inférieur. En outre, plusieurs passages sont manifestement en contradiction avec les découvertes scientifiques." Et de noter qu'un manifeste publié dans «Le Parisien» le 21 avril suggère de supprimer des textes sacrés les versets difficiles. Le Coran mais aussi la Torah et la Bible sont aussi évoqués.

C’est absurde répond le professeur Macchi, "les textes sacrés sont riches et complexes comme la grande littérature ou la grande poésie. A-t-on jamais pensé à expurger Homère des passages violents qui pourraient inspirer des nostalgiques de l’Antiquité (et il y en a eu au siècle dernier…)?

Il a raison. Mais alors pourquoi, à la fin de son article, revenir sur le manifeste du «Parisien» et proposer à ses signataires de promouvoir des interprétations des textes fondateurs "qui soient cohérentes, respectueuses du bien commun et critiques"? N'est-ce pas contraire à sa position liminaire?

Si l'on s'autorise à supprimer des passages ou simplement à les corriger au gré des opinions de l'époque, opinions qui sont généralement plus politiques que religieuses, les textes bibliques ou coraniques perdent leur caractère sacré. Ce n'est pas en corrigeant la parole de Dieu contenue dans la bible, que survivra la Vérité, "parole faite chair" comme le croit les chrétiens.

Qu'une Constitution évolue selon les us et coutumes de l'époque, c'est normal. Notre actuelle Constitution de 1999 sera sans doute différentes dans 20 ou 30 ans. Ce n'est pas le cas des textes sacrés. Un catholique de 2018 récite le symbole des apôtres avec la même foi que ses aïeux, malgré les modes. Si il change d'opinion, ne croit plus par exemple qu'à une partie de ce Credo (refuse la virginité de la Vierge Marie ou doute de la résurrection du Christ), il se met de lui-même hors du périmètre de l'Eglise, de sa tradition et de son enseignement authentique. Il risque tout simplement de perdre la foi. Elle n'est pas innée selon saint Paul, « elle vient de ce que l'on entend et on entend par une parole du Christ » (Romains 10:17).

Et même si la majorité des catholiques était dans cet état de foi sélective, il serait impossible aux responsables religieux de changer ou d'adapter les textes sacrés sans de très sérieuses raisons - et sans lien avec le pouvoir séculier - sans trahir leur religion, à l'image du Credo catholique qui résume la foi des Apôtres et qui nous a été transmise directement par eux. Ma réflexion est sans doute partagée par un musulman ou un juif.

Le professeur Macchi a raison lorsqu'il affirme qu'il faut assumer le fait "que les textes fondateurs sont des productions historiquement situées et qu’il faut les replacer dans leur contexte de production pour en comprendre la signification". Indépendamment des idéologies du jour. "Et le monde passe, et sa convoitise aussi; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement" (S. Jean).

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Commentaires

Il faut en écrire d'autres, si on n'est pas d'accord avec les anciens.

Écrit par : Rémi Mogenet | 10 mai 2018

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