Suffragettes de tous les partis, unissez-vous ! (20 février 2021)

Les femmes suisses votent en Suisse depuis 50 ans. Un demi-siècle de participation à la vie politique dûment validé par le peuple et les cantons lors d’une votation historique le 7 février 1971. Un long combat, essentiellement de gauche.

Le site de la Confédération Helvétique (ch.ch) résume en quelques lignes l’ambiance qui a prévalu sur cette décision. «En 1968, le Conseil fédéral prévoyait de signer la Convention européenne des droits de l’homme à l’exclusion du droit de vote et d’éligibilité des femmes. Les associations féminines, qui craignaient de voir leur revendication à nouveau mise de côté, s’inspirèrent du Mouvement de libération des femmes (MLF) et protestèrent énergiquement. Eu égard au climat social tendu qui régnait alors, le Conseil fédéral s’empressa de mettre sur pied un nouveau projet concernant le suffrage féminin. Étant donné que l’adoption par les électeurs semblait vraisemblable, les opposants préférèrent cette fois-ci rester silencieux, aucun parti ne souhaitant perdre la faveur des électrices potentielles.»

50 ans ont passé. L’occasion d’un rapide bilan, ou plutôt d’un constat. Les femmes de gauche se sont imposées en menant des combats de gauche. Les femmes de la droite libérale se sont imposées en menant… des combats de gauche. Prenons trois exemples récents pour illustrer mon propos.

Nathalie Fontanet a été élue au gouvernement genevois en 2018. En pleine crise sanitaire et alors que l’endettement de ce petit canton explose (plus 1,2 milliard de francs suisses pour l’exercice 2021), la ministre des finances genevoises dépose un projet de loi sur l’égalité. Il y est question de protection de la famille arc-en-ciel, de transgenres, d’interdiction de publication sexiste ou encore de lutte contre le harcèlement de rue. La gauche sourit, la droite grimace. «On ne me dicte ni mes combats, ni mes votes!» assure la magistrate de droite.

Autre exemple, celui des femmes du Centre et du PLR, fer de lance d’une prochaine initiative populaire favorable à une imposition individuelle indépendante de l'état civil, en lieu et place de l'imposition du couple et de la famille. Et de rappeler que la Suisse fête en 2021 les 50 ans du droit de vote des femmes : "Nous voulons célébrer ce jubilé à notre manière".

Dernier exemple, la diatribe attendue de l’ancienne conseillère fédérale socialiste Micheline Calmy-Rey sur les antennes de la RTS (14 février). «50 ans après les droit de vote des femmes en Suisse, on commence à peine de se dégager des rapports de domination qui ont perdu des générations d'enfants, de femmes et d'hommes». Elle fait allusion aux révélations de Camille Kouchner. «Il a fallu plusieurs années de mouvement de libération de la parole pour arriver à libérer cette parole-ci, la parole enfouie dans l'inceste, ce stigma très dissimulé du patriarcat.»

Les féministes qui ne veulent voir dans le patriarcat qu’un système d'oppression des femmes par les hommes ont imposé leur vision jusque dans les rangs de la droite bourgeoise. 50 ans plus tard, les suffragettes ont gagné sur tous les tableaux.

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